_Ce serait vraiment pratique de la croire, hein ? Te voilà libéré de toute culpabilité ? Bon sang mais c’est bien sûr ! Si tu te branles tant que ça, ce n’est pas pour assouvir tes perversions, mais c’est une réaction d’autodestruction face à son refus ? Tout ça, c’est de sa faute à elle ? Voilà à quoi te sert toute la psychiatrie que tu ingurgites, à te donner bonne conscience ? Tu continues à te masturber tous les soirs, mais va, Ego te Absolvo, c’est de sa faute à elle si tu regardes des femmes enceintes se faire prendre par tous les trous…
_Arrête ça !
_Pourquoi ? Où est le problème ? Dans cette société de l’image, Môssieur à peur des mots ? Il suffit de quelques évocations sordides pour que tu sois tout chamboulé ? Tu crains les mots, mais tu n’as pas peur des images, hein ? Tu crains l’idée, mais… Tu en profites bien dans les actes… Réfléchis, Jacques… Qu’est-ce qui fait le plus de mal ?
_Vous vous trompez, monsieur… Vous vous trompez deux fois… Si j’ai peur des mots, je crains encore plus les images. Qu’en savez vous, vous ?… Avez-vous seulement vu ce que j’ai vu ? C’est facile de sortir des grands mots, des phrases vulgaires, ou je ne sais quoi… Qu’est-ce que cela évoque pour vous ? Vous trouvez ces pratiques monstrueuses, monstrueuses ces images et monstrueux les hommes qui les regardent… Vous avez raison. Moi aussi, je trouve ça monstrueux. Mais savez-vous quel effet ça fait d’avoir vu ces images ? Vous pensez à votre bien-aimée le soir, et ce sont des cadavres éventrés qui vous accueillent… Vous croisez un enfant dans la rue, et ce sont dix, quinze enfants nus qui vous poursuivent… Imaginez vous avoir peur des enfants… Un petit garçon, une petite fille qui vous regarde en souriant, parce qu’elle ne sait pas que vous êtes un monstre… Il n’y a rien de plus cruel que le sourire d’une petite fille… Ce sont toutes ces images qui me font peur… Quand vous parlez de ces choses, ce sont ces images-là qui me reviennent… Je sais, oui… Je suis le coupable et c’est le monde entier la victime… Ne croyez pas que je cherche votre pitié, je ne la mérite pas. Mais là où vous vous trompez le plus, c’est quand vous m’accusez de la tenir pour responsable. Comment pourrait-elle l’être ? Elle a l’innocence même de sa culpabilité sereine. Elle peut faire souffrir, oui, mais involontairement… Et je suis sur qu’elle souffre de faire souffrir… Quand elle s’accuse, son seul but est de paraître moins désirable à mes yeux. Et vous, vous pouvez bien raconter ce que vous voudrez, vous n’atteindrez pas mon idéal…
_C’est vrai, oui, j’oubliais que vous l’aimez
_Oui, je l’aime… Ca s’entend aux majuscules que je laisse autour d’elle… Et vous-même, monsieur, malgré votre mépris apparent, qu’est-ce qui vous fait me vouvoyer ? Est-ce son évocation, ou est-ce mon amour ?… Non, ne répondez pas, ça ne peut être elle que vous vénérez ainsi…
_Je vous laisse à vos illusions, monsieur. Votre amour non plus ne sort pas de l’ordinaire…

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